Un Président libéral, sans liberté de presse ?
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Emmanuel Macron était le candidat de l’atermoiement des annonces (du programme, du premier ministre, du gouvernement), il est devenu le Président de l’hyper contrôle médiatique. Cela s’est vérifié lorsque, en préparation du voyage présidentiel au Mali, l’Elysée a fourni aux rédactions une liste des journalistes invités. Cette pratique dépasse le simple choix des médias participant au voyage, un choix rendu nécessaire pour des questions logistiques. Choisir les journalistes, c’est-à-dire obliger les rédactions à envoyer l’un plutôt que l’autre, est dangereux pour la liberté de la presse.

L’argument donné par l’Elysée est la volonté d’avoir un Président à présence « jupitérienne », plutôt que terrienne, ce qui nécessiterait des journalistes spécialisés. Ainsi, lorsque le voyage a pour thème la Défense nationale, il faudrait des journalistes spécialisés dans les questions militaires. Les conseillers de l’Elysée font valoir qu’il y a besoin de journalistes au niveau. N’est-ce pas surtout une manière d’éviter les questions parfois embarrassantes que peuvent poser les journalistes politiques ?

Plus encore, si les journalistes pensent qu’ils ne peuvent poser les questions qu’ils veulent, au risque de ne plus être du prochain voyage, cela signifie qu’ils ne peuvent plus faire un travail digne de ce nom. Ce type de pratique risque d’entraîner, sinon la servilité, du moins une certaine passivité de la part des journalistes. Et si elle se perpétue, nous pouvons dès lors penser que les journalistes les plus pugnaces seront de moins en moins invités à suivre Emmanuel Macron. Les foudres de Jupiter risquent de mal s’accommoder à la démocratie.